HYPERTROPHIE DE LA PROSTATE

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Vous êtes désormais familiarisés avec MOVEMBER, le mouvement de sensibilisation au cancer de prostate. Mais il existe une autre pathologie qui, d’après l’Association Française d’Urologie (AFU) touche près d’1 million d’hommes en France : l’hypertrophie bénigne de la prostate. Bénigne certes, mais avec des répercussions parfois importantes sur la qualité de vie. Explications.

Pour rappel, la prostate, petite glande située sous la vessie, fabrique le liquide séminal qui entre dans la composition du sperme. L’hypertrophie bénigne de la prostate (HBP), également appelée hyperplasie bénigne de la prostate ou adénome prostatique, est liée au vieillissement et touche les hommes à partir de 40 ans. Elle correspond à une augmentation de la taille de la prostate dans la zone de transition qui entoure l’urètre, le canal de sortie de la vessie. La prostate hypertrophiée, en écrasant l’urètre, gêne l’évacuation d’urine.

 Quels sont les symptômes de l’hypertrophie bénigne de la prostate ?

 Les hommes souffrant de HBP se plaignent souvent d’avoir du mal à uriner, d’avoir des envies plus fréquentes, d’avoir du mal à se retenir, ou encore d’avoir des fuites.

Les médecins classent ces symptômes en 2 grandes catégories :

  • Les troubles urinaires irritatifs : le patient a plus fréquemment envie d’uriner, parfois plusieurs fois dans la nuit (nycturie). C’est ce qu’on appelle la pollakiurie. Il peut également avoir du mal à se retenir.
  • Les troubles urinaires obstructifs : du fait du rétrécissement du diamètre de son urètre, le patient souffre de difficultés pour uriner, son jet urinaire est faible ou intermittent et il a une sensation de “vidange“ incomplète. C’est ce qu’on appelle la dysurie. Conséquence : il peut y avoir des fuites ou des gouttes retardataires, ce qui est extrêmement inconfortable. Quand le patient ne peut plus uriner du tout, on parle de rétention urinaire. Cela reste heureusement peu fréquent.

Que faire devant ces symptômes ?

Il faut consulter votre médecin traitant et/ou un urologue dès l’apparition des premiers troubles. En effet, des études montrent qu’un diagnostic précoce apporte un grand bénéfice sur le plan thérapeutique et sur la qualité de vie. Le médecin va d’abord vous interroger et peut vous demander de remplir un auto-questionnaire sur la fréquence et la nature de vos troubles fonctionnels urinaires sur le dernier mois. Le score IPSS (International Prostate Score Symptom) va lui permettre d’estimer la sévérité de vos symptômes et de vous classer dans l’une des 3 catégories : peu symptomatique, modérément symptomatique ou symptômes sévères. Ce test peut être demandé à chaque visite afin d’estimer l’évolution de la pathologie et l’efficacité d’un traitement. Il peut donc vous être utile de tenir un calendrier “mictionnel“ (émission des urines) pour fournir des informations précises.

Vous devrez ensuite subir un examen délicat, mais indolore : le toucher rectal, qui va permettre au médecin d’estimer le volume de votre prostate (inférieure ou supérieure à 20 grammes) et éventuellement de détecter une anomalie évocatrice d’un cancer. Rassurez-vous, l’HBP n’augmente pas le risque de cancer prostatique.

A l’issue de la consultation, et afin d’affiner son diagnostic ou de choisir le traitement le plus approprié, le médecin peut être amené à vous prescrire un ou plusieurs examens complémentaires :

  • Une échographie réno-vésico-prostatique pour mesurer la taille de la prostate, rechercher un résidu d’urine après miction indiquant la rétention due à l’adénome prostatique et rechercher une éventuelle complication (calcul par exemple).
  • Une débitmétrie urinaire, qui permet d’évaluer la quantité d’urine émise lors de la miction.
  • Une analyse d’urine cytobactériologique (ECBU) avec antibiogramme pour détecter une éventuelle infection urinaire ou une hématurie (sang dans les urines).
  • Une prise de sang comprenant PSA* (marqueur sanguin pour dépister le cancer de prostate) et créatininémie (évaluation de la fonction rénale).

* Voir notre article sur le cancer de la prostate : https://www.lab2u.fr/movember/

L’hypertrophie bénigne de la prostate expose à certaines complications :

CHRONIQUES : rétention vésicale chronique, lithiase vésicale (calculs) ou insuffisance rénale chronique obstructive.

AIGUËS :  rétention aiguë d’urine, infections urogénitales, hématurie et insuffisance rénale aiguë obstructive.

Quels sont les traitements ?

L’hygiène de vie est primordiale. Il faut éviter tout ce qui peut congestionner le bassin : alcool, épices, sédentarité, longs voyages en voiture. Il faut donc fragmenter les longs trajets et avoir une activité physique régulière. Ces précautions sont souvent suffisantes.

LES MEDICAMENTS

Il existe 3 types de traitement qui permettent de soulager les troubles urinaires sans pour autant supprimer l’adénome lui-même :

  • Les alpha-bloquants qui sont les plus fréquemment prescrits. Ils détendent les muscles lisses du col vésical et de la prostate pour diminuer le blocage de l’émission d’urine.
  • Les traitements phytothérapiques : Serena repens et Pygeum africanum sont les remèdes les plus couramment recommandés. Mais les graines de courge ou les extraits d’oignon semblent avoir également une bonne efficacité.
  • Les inhibiteurs de la 5-alpha-réductase bloquent la production de dihydrotestostérone, l’hormone responsable de l’hypertrophie prostatique, qui provient de la transformation de la testostérone, l’hormone sexuelle masculine. Selon la HAS, ce sont des médicaments de seconde intention, à prescrire après échec des alpha-bloquants et des traitements phytothérapiques.

LA CHIRURGIE

En cas de persistance des symptômes ou d’apparition de complications, la chirurgie (résection transurétrale de la prostate, adénomectomie) peut être une bonne solution à long terme ; dans 90 % des cas, l’adénome est soigné avec succès. L’opération dure en moyenne une heure, sous anesthésie locale ou générale. On entend souvent parler des effets secondaires de la chirurgie. En effet, après l’opération, l’éjaculation devient rétrograde, c’est à dire que le sperme part dans la vessie et est ensuite évacué avec l’urine. Cela ne signifie en aucun cas que le patient devient impuissant, simplement il ne peut plus procréer naturellement.

LES TRAITEMENTS INSTRUMENTAUX NON CHIRURGICAUX

Des traitements alternatifs moins invasifs ont fait leur apparition ces dernières années.

La thermothérapie par micro-ondes Transurétrales (TMTU) qui entraîne une nécrose de coagulation par élévation de la température intra-prostatique. La sonde de traitement est introduite par l’urètre sous anesthésie locale. La durée du traitement est de 30 à 60 minutes. A noter qu’il existe des risques de complications, comme une brûlure de l’urètre.

La thermothérapie par radiofréquence, ou TUNA (Transuretral Needle Ablation), utilise un courant de radiofréquence qui entraîne une nécrose de coagulation par élévation de la température intra-prostatique grâce à des aiguilles-électrodes positionnées dans la zone à traiter. La radiofréquence ne provoque jamais d’éjaculation rétrograde et les effets secondaires sont très rares. Ce qui en fait une très bonne alternative.

Le laser : cette technique consiste à introduire un appareil (endoscope) par l’urètre jusqu’à la prostate. Une fibre laser de moins de 2mm de diamètre va permettre de détruire le tissu prostatique à travers le canal de l’urètre en le vaporisant, ce qui élargit le canal urinaire. Cette opération dure entre 20 minutes et 2 heures en fonction du volume de la prostate. Elle est réalisée sous anesthésie locale ou générale.

Il existe donc toute une panoplie de traitements pour la prise en charge de l’HBP. L’enjeu et la priorité pour le corps médical est de prendre en compte les attentes du patient et sa perception de sa qualité de vie, pour lui proposer le traitement qui va lui apporter le plus de confort.

 

 

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